Éparpillé, fragmenté, balkanisé… Les expressions varient mais disent la même chose : il n'existe plus de majorité au PS. Trois semaines après le dépôt des
contributions pour le congrès de Reims, aucun responsable, aujourd'hui, n'est en mesure d'entraîner seul le parti derrière lui, si l'on se fonde sur le petit jeu du nombre de soutiens.
Vingt et une contributions, pas autant de divisions quand même. En septembre, moins de motions devraient être déposées pour être soumises au vote des militants fin
octobre. Trois, quatre, cinq, six… Lors du congrès de Rennes, en 1990, l'explosion de la majorité «mitterrandienne» avait contraint les militants à choisir entre sept textes.
La détermination des uns et des autres, tout particulièrement des présidentiables, est mise à rude épreuve. Jean-Christophe Cambadélis, partisan et artisan de
l'alliance Aubry-Moscovici, est persuadé que Ségolène Royal et Bertrand Delanoë iront au bout de leur démarche et présenteront chacun une motion. Candidat au poste de premier secrétaire, Julien
Dray pense que l'ancienne candidate renoncera in fine. Mais elle a d'ores et déjà lancé les invitations pour un grand «rassemblement de la fraternité» le 27 septembre au Zénith de
Paris.
La gauche du parti devrait aussi se compter. Quant aux autres, tout dépend du complexe jeu d'alliance en route aujourd'hui : Martine Aubry et Pierre Moscovici
pourraient présenter un texte commun. Mais que fera François Hollande ?
Si la désignation de Ségolène Royal comme candidate du parti pour la présidentielle de 2007 a montré que les militants savaient s'affranchir du point de vue des
responsables locaux, le poids des cadres intermédiaires demeure déterminant lors d'une bataille de congrès. «Un vote de congrès, ce n'est pas la même chose qu'un vote de désignation à la
présidentielle», pense un membre de la direction. Au 31 mars, le PS comptait officiellement 161 404 militants à jour de cotisation. Beaucoup moins qu'au moment de la primaire interne,
en novembre 2006.
À défaut, certains préfèrent ne pas prendre position
À l'époque, Ségolène Royal avait emporté le soutien de 60 % du parti. Aujourd'hui sur les 102 patrons de fédérations du PS, 23 ont choisi de signer le texte de
l'ancienne candidate. Bertrand Delanoë est quant à lui soutenu par 7 premiers fédéraux. Mais alors que Royal est appuyée par de petites fédérations, Delanoë peut compter sur Paris, l'une des plus
importantes. Les deux autres «grosses fédérations», le Nord et le Pas-de-Calais, ont pris parti pour la maire de Lille, Martine Aubry. C'est beaucoup mais à peu près tout pour elle (le premier
fédéral des Hauts-de-Seine a aussi signé son texte).
La contribution du premier secrétaire, François Hollande, bénéficie du soutien de 14 patrons de fédérations, celle de Laurent Fabius 12, celle de Pierre Moscovici
10, et celle de Benoît Hamon, à la gauche du parti, 4. Une dizaine de premiers fédéraux se répartissent sur les autres contributions (le texte des grands élus, des départements de l'Ouest, du
pôle écologiste…). En septembre, ils devront choisir un autre camp.
Quelques responsables fédéraux, prudemment, n'ont pas pris position. Dans la Région Languedoc-Roussillon, c'est même la consigne. Robert Navarro, le patron de
l'Hérault, importante fédération au fonctionnement souvent critiqué par les courants minoritaires, n'a pas souhaité s'engager. Jusqu'à présent, il s'est montré proche de François Hollande et de
Ségolène Royal.
Souci de liberté aussi de la part de Jean-Jacques Urvoas. Le député et patron de la fédération du Finistère n'a pas signé de texte pour «la première fois depuis
vingt ans», raconte-t-il sur son blog. «Signer serait s'affilier et je veux, à ce stade, rester libre», ajoute-t-il en notant cependant «un faible pour la démarche de Pierre Moscovici et Arnaud
Montebourg».
À l'Assemblee nationale, les rapports de force sont inversés. Les députés partisans de Laurent Fabius sont les plus nombreux : 36. Les contributions de
Bertrand Delanoë et Pierre Moscovici rassemblent chacune 24 députés, Martine Aubry une vingtaine, Ségolène Royal 18 et François Hollande 14.
Parmi les présidents de Région, cinq soutiennent Laurent Fabius et trois Ségolène Royal. Trois autres ont choisi la contribution des «grands élus» conduite par le
maire de Lyon, Gérard Collomb, deux se sont rangés derrière Pierre Moscovici. Logiquement le Nord-Pas-de-Calais soutient Martine Aubry et le Limousin François Hollande. Aucun ne soutient le maire
de Paris.
En septembre, lors du dépôt des motions, les cartes du PS seront rebattues. Il faudra alors reprendre les comptes.
Il n'y a que les socialistes pour être aussi divisés !
Heuresement, qu'ils ne sont pas au pouvoir !